Paris Web 2018

Un Paris Web de l’autre côté du miroir

Joachim Joachim

Ça fait maintenant 4 ans que je fréquente Paris Web, la conférence des gens qui font le web. Comme tous les ans, je me fends d’un billet pour décrire mon expérience. Auparavant, mon employeur me demandait un compte-rendu en échange de m’y envoyer (2015, 2016, 2017), mais cette année ma motivation est différente. D’une part je n’ai plus d’employeur (#JeChercheUnJob), d’autre part mon expérience est très différente. En effet, cette année, j’y étais en tant que membre de l’équipe organisatrice.

Pourquoi (et comment) j’ai rejoint l’équipe

Je connais Paris Web depuis huit ans environ, quand une de mes meilleures amies faisait partie de l’équipe. Après quelques années elle en est partie, mais m’a toujours parlé positivement de son expérience. D’autres ami·e·s ont aussi fait partie du staff, et m’ont rapporté des a-préjugés positifs. Puis j’ai pu assister à l’événement. Puis, pendant deux années de suite, j’ai été abordé par Pierre-Yves, qui était dans l’équipe et que je connais aussi depuis longtemps, et qui voulait que je l’y rejoigne. Son argumentaire était simple : Paris Web a besoin d’un designer pour rafraichir le site, s’occuper de tous les supports de communication, des badges, des programmes, des écrans… La première fois, j’ai dû répondre non. En revanche, lors de l’apéro communautaire de Paris Web 2017 ses arguments ont porté (ou alors c’était la bière qu’il m’a payée). Je savais qu’en 2018 j’aurais un peu de temps et de flexibilité entre les missions : mon employeur avait accepté le principe de pouvoir occuper les périodes entre mes missions par du travail pour Paris Web.

Et donc j’ai rejoint l’association, juste à temps pour l’AG annuelle. Paris Web est une association, dont la mission exclusive est l’organisation des conférences dont elle a le nom. Pendant un an on travaille, on contacte, on débat, on liste, on teste, on prévoit, on rature, on se bat, on 🍿 sur #random, on uploade, on met à jour, on rend compte, on #help les nouveaux, on code, on gère les imprévus, on pull-request, on prend des verres, on devine le futur, on tire des leçons du passé, on coulisse, on se réunit, on dit bonjour à certains quand on dit bonne nuit à d’autres, oublie sûrement des trucs mais on ne le saura que le Jour J. Bref, on bénévole, et c’est pas de tout repos.

Cette année, on était une quinzaine pour tout faire, et même si on a fini un peu moins nombreux, aucun de nous n’était superflu tant la quantité de sujets à traiter est grande pour l’organisation d’un tel événement.

Ma mission au cours de l’année

Le site de Paris Web datait de 2016, sur une base en place en 2013, il méritait bien un coup de ripolin.

Tout d’abord, pour mieux repartir, j’ai commencé par mettre à jour la charte graphique. J’ai gardé le logo en en ravivant les couleurs (afin d’avoir des contrastes accessibles sur fond blanc comme sur fond noir), j’ai établi une charte graphique un peu plus sévère : couleurs et palettes définies, polices typographiques…

Cette base de charte graphique est à utiliser pour tout support graphique de l’association et des événements, mais une édition de Paris Web peut avoir des éléments spécifiques, qui ne seront pas utilisés les années suivantes. Cela permet une stabilité dans l’identité de l’association et de sa communication, mais une originalité dans chaque édition pour assoir son identité spécifique.

Une fois cette étape franchie, je suis passé au site web. Pour ça, j’ai pu partir sur le très bon travail d’analyse et maquettage UX par des staffeuses qui avaient réfléchi sur le sujet il y a deux ou trois ans. La majorité des principes de fonctionnement du site sont directement adaptés de ces maquettes, donc merci à elles 😃

Pour garantir un maximum de flexibilité sur le développement et l’intégration du site, on a mis en place un Design System. Ça nous permettait de réunir tous les éléments, composants, modules et pages sous un même toit, et s’assurer qu’un changement se répercute bien sur tout le site. Je ne me suis occupé que du design du style guide, en utilisant Sketch pour la conception et Zeplin pour les échanges et mises à disposition. Les deux intégrateurs qui ont travaillés sur le code ont été réactifs et à l’écoute, les conditions étaient très bonnes, merci à eux 😃

Suite à la mise en place du site, je me suis consacré aux éléments graphiques spécifiques à l’édition 2018. Un t-shirt, un tote-bag, les badges et les programmes, les stickers, les écrans d’affichage chez IBM, les slides pour les présentations d’ouverture et de clôture, les cartons affichés entre les conférences… Beaucoup de supports différents pour lesquels il fallait trouver un fil rouge. Le fil rouge en question a été une photo du public de 2017, et un dégradé du bleu au rose du logo, juste flashy comme il faut, et des pixels pour ce qui n’acceptait pas beaucoup de couleurs (tout ce qui est textile notamment).

Au final, je suis très satisfait de ce qui a été réalisé, notamment au niveau des badges : l’idée de pouvoir y coller des petits stickers (on avait aussi pensé à des tampons) pour détailler les thèmes sur lesquels on acceptait de se faire aborder est venue en discutant avec les autres membres de l’association lors de la réunion du choix des orateurs. Lorsqu’on assiste à une conférence, surtout lorsque c’est la première fois qu’on y va, c’est dur de trouver à qui parler—avec ces stickers on espère que des auditeurs et auditrices ont pu trouver d’autres gens pour lier connaissance.

Le Jour J

Le Jour J, c’est l’événement (qui dure plusieurs jours, c’est traître de désigner plusieurs jours par l’expression Jour J au singulier), c’est la culmination de tous les efforts de l’année en quatre-vingt heures (ou à peine plus si on boit des coups ensemble après coup). C’est en arrivant le mercredi pour la mise en place qu’on découvre si on était vraiment prêt·e·s. C’est là qu’on découvre que tel programme a les mauvaises heures, ou tel élément n’a pas été imprimé à suffisamment d’exemplaires. On se confronte au doute et aux plaques de chocolat apportées par les trois Suisses du staff, on court dans tous les sens, on improvise aussi un peu. Les trois jours suivants ne sont pas moins fous, même si on est aidés par des étudiant·e·s de la Web School Factory, qui étaient gentils et corvéables—ce qui est tout ce qu’on attend d’un étudiant, non ? (non en fait ça a été vraiment super de les avoir, merci à toute l’équipe, même si j’ai pas pu beaucoup discuter avec 😃)

En tant que designer, je n’ai pas eu à faire grand chose. En revanche j’ai pu chausser plein d’autres casquettes. Les oratrices et orateurs m’ont vu comme photographe, dans un pool de paparazzi aussi intimidant que sympa, pour leur tirer le portrait ; aucun·e n’a été déçu·e (mais attendons qu’iels voient les photos). Certain·e·s m’ont aussi vu comme timer lors de leurs conférences : je leur montrais le temps qu’il leur restait à parler, d’après les calculs du Maître du Temps (c’est une vraie mission tenue par des vrais staffeurs). Ça en a fait rouspéter quelques un·e·s pendant l’événement… c’est la rançon de la gloire ! Outre ces deux posts au contact des orateurs et oratrices, j’ai aussi tenu l’accueil, pendant quelques heures les deux après-midis. Je ne vais pas faire semblant que cette expérience était enrichissante, mais elle était utile et m’a permis de discuter un peu avec les rares auditeurs et auditrices que je pouvais y aider.

Personnellement, l’événement m’a beaucoup plu, mais bien fatigué. L’intensité était forte, mais l’équipe était soudée, ce qui nous a permis de se serrer le coudes, et même pour certains d’assister à des conférence qui les intéressaient. Ah oui, parce que lorsqu’on est dans le staff, oui on assiste à Paris Web sans payer autrement que de sa personne, mais on n’est pas sûrs de pouvoir voir les conférences intéressantes. Sauf si on est beaucoup dans l’équipe (sous-entendu : engagez-vous).

Ce que j’en retire

Là on est trois ou quatre jours après la fin, le corps se remet peu à peu des ignominies subies pendant quatre jours (bon ok, c’est juste du chocolat suisse, de la fatigue et du mal aux pieds), et j’écris ce texte au lieu de terminer de retoucher les photos.

Je ne regrette absolument pas de m’être engagé dans cette aventure, c’est vraiment génial de construire un projet avec une équipe de gens super, et de le voir se dérouler dans la satisfaction générale (enfin, on n’a pas encore dépouillé les avis post-conférence). C’est une des grandes réalisations de mon année, je ne peux pas m’empêcher d’être fier de ce qu’on a fait.

Professionnellement aussi, c’est très enrichissant. Bien sûr, on a la possibilité d’assister à quelques conférences si on s’y prend bien, mais on peut apprendre aux côtés des autres membres de l’équipe, comme moi en lisant le code du Design System intégré par Pierre et Julien, ou les retours accessibilité de Nicolas ou Lena. En plus de ça, c’est une très bonne excuse pour pouvoir discuter avec des gens qu’on lit sur les réseaux sociaux et qui sont super sympa en vrai (big-up à celleux que je lis sur Mastodon). Et puis ça faisait bizarre de serrer la main de Bert Bos, co-créateur du langage CSS—ce langage informatique qui me fait vivre 1.

L’an prochain je rempile, et j’espère continuer à faire du design, au moins pour terminer le site (la page d’archive doit voir le jour, les apps d’appel à projet et d’inscription doivent être mises aux couleurs), voire pour concevoir l’identité de l’édition 2019. Il est possible que je me charge de nouvelles responsabilités, plus éloignées de mon cœur de métier… après tout, c’est ce que font la plupart des membres de l’association (que je remercie au passage 😃). Cette année j’ai été un peu isolé du reste vu que j’ai été très vite seul dans l’équipe design puis je n’ai travaillé qu’avec l’équipe site, même si j’ai discuté avec le reste c’est pas la même chose que travailler ensemble sur les mêmes sujets. C’est sûrement un truc à changer pour préparer la prochaine édition !

Engagez-vous !

Chacun rejoint l’association pour ses propres raisons, c’est ce qui fait la richesse de l’équipe. Moi, ce qui m’y a poussé, c’est les retours de mes amis qui en ont fait partie à un moment ou à un autre. C’est aussi la possibilité d’apporter au monde des manières plus saines, éthiques, respectueuses, qualitatives, accessibles, de concevoir le web. C’est en outre une manière de me rendre utile auprès de gens que je n’aurais jamais rencontré auparavant, et une possibilité pour moi de rendre à la communauté des bâtisseurs de web ce qu’ils m’ont donné depuis que je suis étudiant : tutoriels, documentation, exemples, explications, vidéos, outils, trucs & astuces…

Bref, rejoindre l’équipe Paris Web, ça fait changer les choses de manière beaucoup plus tangible et véritable que concevoir le AirBnb de chirurgie clandestine via la blockchain sur une app mobile.

1: Techniquement c’est les nutriments, l’eau et l’oxygène qui me font vivre.

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