Réflexions personnelles sur l’urgence climatique

Joachim

Il y a quelques jours j’ai publié la page Déclarons l’urgence climatique, suite à pas mal de réflexions personnelles sur le sujet.

Au début, je voulais publier le texte sur ce blog, mais il a pris une ampleur telle que j’ai préféré le mettre sur une page séparée. Peut-être que je devrais acheter un nom de domaine pour en communiquer l’adresse plus simplement. Vous pouvez aller lire la page si vous ne l’avez pas encore fait, ou vous pouvez le faire plus tard—il n’y a pas de spoilers dans ce billet.

Ce billet est juste un ensemble de petites réflexions personnelle sur le sujet, et une explication de la genèse de la page.

La crise climatique est sans précédent

L’essayiste Naomi Klein et d’autres, activistes, scientifiques, journaliste, l’ont dit de manières différentes :

La crise climatique est la chose la plus importante de notre génération. C’est la toile de fond de tout ce qui se passe dans le monde.

Lorsqu’on lit les rapports du GIEC, on se rend compte de l’échelle de cette catastrophe. Les effets s’en font déjà sentir : outre les températures méditerranéennes dans le cercle polaire il y a une augmentation des phénomènes extrêmes : les inondations monstre dans le Midwest au printemps, les feux en Californie jusqu’en décembre, les ouragans et cyclones dont la violence augmente et la saison s’étend ; le niveau de l’eau monte et déplace des populations… le monde souffre du réchauffement climatique depuis quelques années déjà. En Angleterre on voit apparaitre les premiers réfugiés climatiques—issus de la côte du Pays de Galles.

Bref, on y est déjà, c’est pas une menace dans le futur. C’est maintenant.

Personne ne sait comment y répondre

Une fois ce constat passé, on se demande ce qu’il faut faire, et ce qui est fait.

Ce qui est fait n’est pas suffisant. Aucun pays d’Europe—et aucun pays du monde à ma connaissance—n’a commencé à œuvrer sérieusement en concordance avec les Accords de Paris (la COP21). Ces accords (non-contraignants) proposaient des actions censées limiter le réchauffement climatique à 2° C, mais ces actions ont été décriées par des scientifiques comme des ONG comme étant vraiment en dessous de ce qui est nécessaire pour lutter contre les émissions de CO2.

Lorsqu’on laisse d’autres gens (les pouvoirs publics, les intérêts privés) s’en charger, on commence à voir que rien ne pourra être fait à temps pour arriver à 0 émissions de CO2 avant 2050.

Et ça commence à être préoccupant.

Pourquoi en parler ?

C’est parce que ça me préoccupe que j’en parle. C’est aussi parce que je pense que c’est la meilleure chose qu’on puisse faire à notre échelle. Je ne suis qu’un humain et j’ai ma vie de tous les jours, je n’ai pas (encore) envie de m’engager à des actions potentiellement illégales pour interpeller le reste de la société. Mais j’en parle, parce qu’il faut en parler.

Depuis le début de l’année (et depuis que je suis redevenu très actif sur Twitter), j’ai déterminé que je consacrerais au moins les deux-tiers de mes publications personnelles sur le sujet de la crise climatique. Ça ne s’est pas encore beaucoup vu sur ce carnet web, parce que… je suis plus actif sur Twitter et le Fediverse, et que je ne vois pas beaucoup d’occasions de communiquer plus longuement. Mon seul billet sur le sujet parle de mon choix de ne plus prendre l’avion. Je vous en recommande la lecture.

Donc oui, ma ligne éditoriale (ça fait rire ma copine journaliste qui me dit que je ne suis pas un organe de presse, mais c’est bien ça même si c’est de la communication personnelle) s’oriente vers le climat.

Comment en parler

J’admets que mes sources sont plutôt scientifiques, donc ça a tendance à ne pas trop résonner auprès de beaucoup de gens. Il faut que j’apprenne à mieux communiquer l’impact de la crise climatique sur les gens autour du monde, et sur mes interlocuteur·ices.

Je vous conseille le visionnaire de cette vidéo de Katharine Hayhoe à TEDWomen 2018 : The most important thing you can do to fight climate change: talk about it (vidéo TED en anglais sous-titrée en français par une traductrice).

Bonus : Katharine Hayhoe on how to talk about climate change (vidéo YouTube en anglais, sous-titrée automatiquement en anglais)

Je remarque que Katharine Hayhoe parle beaucoup de religion, c’est étrange pour un public français, mais au delà de la foi il faut penser aux aspects sociaux et communautaires des organisations religieuses.

Le rôle de la presse

Vous savez qui ne parle pas assez de la Crise Climatique ? Les médias. Le climat est devenu la préoccupation numéro 1 en France ces dernières semaines, devant le terrorisme, l’économie, et les autres suspects habituels. Je ne vais pas vous faire une cours de médias (lisez le Monde Diplomatique pour avoir la carte de quel milliardaire possède quoi dans le paysage médiatique français), mais il semble y avoir un manque de volonté de la part des rédactions de parler des changements climatiques causés par les activités humaines—comme l’usage de la voiture ou de l’avion—lorsque parmi les annonceurs les plus importants on retrouve l’industrie automobile et celle du tourisme. Allez savoir pourquoi. C’est comme si, à l’instar du climat, le journalisme était lui aussi incompatible avec le capitalisme.

Mais ça change un petit peu. Libé et Le Monde ont des comptes Twitter thématiques sur l’environnement. Mediapart a beaucoup progressé sur sa couverture de la crise et de ses enjeux. Des médias ne parlent que de ça, comme Reporterre.net ou Grist (en anglais)… mais il manque des voix. Il manque le lien entre les conflits et catastrophes dûs au climat changeant, et la crise climatique. Le contexte n’est pas donné—et souvent pas même compris—par les journalistes.

Une idée intéressante, c’est le JIEC, un groupe de “Journalistes d'investigation sur l'écologie et le climat”. Sur leur site ils se disent :

Parce que chacun·e est témoin, voire victime, des conséquences du dérèglement du climat ; Parce que notre rôle, en tant que journalistes, est de donner la parole à ces observateurs, de raconter ce dérèglement global à hauteur de femmes et d’hommes, tout en recueillant un maximum d’informations et de données scientifiques sur les conséquences du dérèglement ; Parce que l’idée d’un travail en commun s’est imposée, nous avons constitué un groupe de journalistes sur le climat.

Je leur souhaite de convaincre beaucoup plus de collègues et rédactions de l’importance de parler du climat. La voix d’un·e seul·e de ces journalistes vaut (pour le meilleur et pour le pire) des dizaines de voix de citoyens comme moi qui s’égosillent sur le web.

Des idées, oui mais quelles idées ?

Pour revenir à ma page Déclarons l’urgence climatique, le point de départ était l’annonce de certains pays de déclarer l’état d’urgence au niveau du gouvernement, et la pétition de la France Insoumise Pour que la France déclare l’état d’urgence écologique et climatique. Je me suis demandé comment accompagner une déclaration d’état d’urgence par des actions pertinentes et adaptées. Parce qu’une déclaration sans action derrière, c’est juste des mots (et je sais pas si vous saisissez que maintenant, les mots, c’est plus vraiment la seule chose qu’il nous faut).

Donc quelles actions préférer ? J’ai choisi de répondre à trois questions :

  • Est-ce que cette action s’attaque aux causes de la crise climatique ?
  • Est-ce que cette solution engage la société / le gouvernement / les entreprises, pour aller plus loin que les gestes individuels ?
  • Est-ce que cette action peut être mise en place immédiatement, à la signature de la déclaration de l’état d’urgence climatique, sans investissement important préliminaire, qu’il soit financier / temporel / législatif / etc. ?

C’est les questions qui me paraissent les plus pertinentes dans le contexte d’un état d’urgence climatique. Et si une action apporte une réponse positive à deux de ces questions minimum, elle est déclaré viable.

La liste des idées d’actions m’est venue de discussions avec des amis, de lectures sur des sites et forums sur le sujet. Je n’ai pas fait de liste exhaustive de TOUT ce qui peut être entrepris pour lutter contre le réchauffement climatique, mais j’ai tenté de centrer sur ce qui était nécessaire, et qui pourrait avoir un impact direct sur les émissions de CO2 à l’échelle française et à l’échelle du monde.

L’idée de l’état d’urgence climatique m’intéresse. Je ne sais pas si mon appel va être entendu par qui que ce soit, mais je le lance quand même : peut-être que toi qui le lis va parler de la crise climatique à des gens qui ne sont pas encore convaincus de son existence, de son importance, et de la possibilité d’en diminuer certains effets pour nous, et autour du monde.

Et après ?

Venez me parler, sur Twitter ou dans le Fediverse (Mastodon, etc.), ou par email : info@professeurjoachim.com

Je me méfie de l’idée collapsosurvivaliste de base, celle qui dit que rien n’est possible et qu’il va falloir ré-apprendre à forger nos bornes Wi-Fi et nos couteaux-à-égorger-les-voisins-avant-qu’ils-ne-nous-égorgent. Je suis tout de même convaincu que la société doit changer énormément de choses—et en premier lieu sa dépendance à l’extractivisme et au capitalisme, qui nous ont mis dans cette merde. En revanche je veux bien imaginer des futurs où les sociétés seront plus simples, plus respectueuses de l’humain, nécessiteront moins d’énergie, et pourront résister à un monde au climat plus chaud. Mais ça, ça ne peut arriver que si on commence par les imaginer.

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